États-Unis contre l'Iran:
Hold-up sur le marché des
combustibles nucléaires.
Par Rudo de Ruijter,
Chercheur indépendant
Pays-Bas
Dans les coulisses du jeu
diplomatique sur l’Iran, quelques pays veulent former un nouvel
ordre mondial. Ils prennent possession du marché mondial des
combustibles nucléaires. De nouvelles règles de l’Agence
Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) doivent empêcher le
venue de nouveaux concurrents. Les États-Unis, le Royaume-Uni,
la France, l’Allemagne, la Russie, la Chine et le Japon
deviendront les stations d’approvisionnement nucléaire du monde.
Sous l’égide de l’AIEA ces fournisseurs dicteront les règles,
fixeront les prix et détermineront dans quelle monnaie ils
voudront être payés. L’Iran est le prétexte et le test pour
leurs plans. Les problèmes de l’économie mondiale de demain sont
créés aujourd’hui.
Contenu:
-
L’Iran et le Traité de Non-Prolifération
-
L’histoire nucléaire de l’Iran
-
De chah Reza jusqu’à Khomeini
-
Les accusations contre l’Iran : 130 grammes
d’uranium
-
L’agenda des États-Unis : le pétrole, le
dollar et la dette extérieure
-
Chercher des alliés
-
E3: L’étrange délégation européenne
-
La Russie et la Chine
-
Pourquoi l’Iran veut-il de l’énergie
nucléaire?
-
Est-ce que l’enrichissement dans des pays
sans arme nucléaire est dangereux ?
-
La naissance d’un nouvel ordre mondial
-
Des éléments inquiétants
-
Le théâtre des Nations-Unies
1. L’Iran et le Traité de
Non-Prolifération
Le président des
États-Unis, George Bush, veut nous faire croire que l'Iran a des
plans pour fabriquer des armes nucléaires. Pour prouver la
mauvaise foi de l’Iran, le pays a été accusé de ne pas avoir
déclaré une importation d’uranium datant de 1991. Et bien,
souvenons-nous qu'en 2002 Bush a accusé l'Irak d'avoir des
Armes de Destruction Massive. Ceci s'est avéré être une
tromperie. Donc, avant de croire les accusations contre l’Iran
de Monsieur Bush junior et ses échos dans la presse, regardons
les faits de plus près.
L'Iran est un Etat membre
du Traité de non-Prolifération, et ce depuis le tout début en
1968. [1] Le TNP est un traité qui vise non seulement à empêcher
la prolifération d'armes nucléaires, mais aussi à ce que les
membres s’entraident pour développer l’énergie nucléaire civile.
[2] Dans le traité, les Etats à armes nucléaires (États-Unis,
Russie, Chine, France, et Grande Bretagne) ont promis le
démantèlement de ces armes. (Jusqu’ici ils n’ont pas tenu leur
promesse.) Les autres membres ont dû signer des accords avec
l'Agence Internationale à l'Energie Atomique (AIEA), le chien de
garde du TNP, pour l'établissement de contrôles. L'accord entre
l'Iran et l'AIEA a pris effet le 15 mai 1974.
[3]
2. L’histoire nucléaire de
l’Iran
A cette époque le chah Réza
régnait sur l’Iran. Grâce à l’opération Ajax (de l’Angleterre et
des États-Unis) en 1953 il était toujours sur le trône. En 1957
le chah voulait développer de l’énergie nucléaire en Iran. [4]
Les États-Unis offraient toute l’aide et tout le matériel qu’il
souhaitait: un réacteur de recherche, de l’uranium enrichi et du
plutonium. Le réacteur de recherche était mis en route en
novembre 1967, mais tomba en panne rapidement. C’est alors que
les Français interviennent en promettant de réparer le réacteur
de recherche. Le chah prête 1 milliard de dollars à la France
pour la construction d’une centrale d’enrichissement à
Tricastin, dans la vallée du Rhône, dans le Sud de la France. A
partir de 1974 de plus en plus de pays offraient leurs services.
De nombreux contrats ont suivi: cinq pour des réacteurs et des
combustibles venant de France, deux réacteurs et des
combustibles venant des États-Unis, des achats réguliers
d’uranium venant d’Australie et deux réacteurs venant
d’Allemagne de l’Ouest. Le Danemark livrait 10 kilos d’uranium
hautement enrichi et 25 kilos d’uranium naturel. Du personnel
technique arrivait de l’Argentine et des Indes, pendant que des
étudiants iraniens allaient au Royaume-Uni et en Allemagne. Des
conversations étaient menées avec le Pakistan et la Turquie pour
une coopération régionale. Le budget iranien pour l’énergie
nucléaire allait de 30 millions de dollars en 1975 jusqu’à 1
milliard l’année d’après et un nombre croissant de réacteurs
étaient commandés aux États-Unis. Vers la fin de 1978, le chah
n’avait plus d’argent, tandisqu’aucun des réacteurs n’était
achevé. Entre temps la résistance de la population contre
l’oppression sanglante du chah arrivait à son point culminant.
3. De chah Réza jusqu’à
Khomeini
La résistance contre le
chah avait grandi depuis 1953, quand le héros du peuple et
Premier Ministre, Mossadeq, avait été déposé par un coup à la
fois de la CIA, des Anglais et du chah. [5] Mossadeq s’était
battu avec succès pour la nationalisation de l’Anglo Iranian Oil
Company (BP). Cité en justice par l’Angleterre, Mossadeq avait
obtenu gain de cause devant la Cour de Justice Internationale de
la Haye. [6] Au cours du coup contre Mossadeq le chah s’était
d’abord enfui, mais était revenu, après que l’armée avait réussi
à abattre les protestations de la population. En 1960, pour
faire plaisir à ses amis américains, il offrait l’immunité
diplomatique à tous les citoyens des États-Unis travaillant en
Iran. Un jeune opposant, Ruhollah Khomeini, osait critiquer le
chah pour cette décision. La première fois il a eu une peine
d’emprisonnement, mais quand, quelques années plus tard, il
récidivait, il était expulsé d’Iran. L’oppression du chah
s’intensifiait au fil des années, et les émeutes causèrent la
mort de centaines d’opposants et de milliers blessés. En 1977
tous les mouvements d’opposition s’étaient unis et en janvier
1979 le chah fuyait le pays définitivement. Khomeini revenait en
triomphe et le 1er avril 1979 la République Islamique
d’Iran était proclamée par référendum. En novembre 1979, quand
des étudiants apprenaient que le chah était allé aux États-Unis,
ils prenaient d’assaut l’ambassade des États-Unis à Téhéran pour
exiger son extradition afin de le traduire en justice. Un long
drame d’otages en suivait. Une tentative des États-Unis pour
libérer le personnel de leur ambassade échouait. Le président
Saddam Hussein d’Irak, à cette époque ami des États-Unis,
pénétrait en Iran et proclamait qu’il serait à Téhéran en trois
jours. Cependant, la guerre entre l’Irak et l’Iran durerait 10
ans et coûterait des centaines de milliers de vies.
Pendant la première année
de cette guerre, le 7 juin 1981 Israël bombardait la centrale
nucléaire presque achevée d’Osirak, en Irak.(7) Israël dispose
d’armes nucléaires et n’est pas membre du TNP. De nombreux pays
se sentent menacés par l’arsenal nucléaire Israélien.
En 1989 le Pacte de
Varsovie se disloquait. A la même période Saddam Hussein
commettait l’erreur d’envahir le Kuweit. L’attitude des
États-Unis envers l’Irak tournait alors à 180 degrés. Depuis ce
temps-là les États-Unis considèrent l’Iran et l’Irak comme des
ennemis.
Ces pays détiennent
respectivement 10,5 et 10 pourcent des réserves de pétrole
mondiales et comme les États-Unis sont les plus gros
consommateurs de pétrole (25 pourcent de la consommation
mondiale), il était prévisible que les États-Unis ne se
contenteraient pas d’ignorer ces pays. Les États-Unis disposent
de moins de 2 pourcent des réserves de pétrole mondiales ,leur
dépendance de pétrole importé augmente rapidement, et selon Bush
elle était déjà de 60 pourcent en 2006. [8]
4. Les accusations contre
l’Iran: 130 grammes d’uranium
Le 16 juin 2003 l’Agence
Internationale de l’Energie Atomique annonçait, que l’Iran
n’avait pas déclaré une importation d’uranium de 1991, ni le
stockage et le traitement de cet uranium, ce qui est exact.
Mais, un document confidentiel de l’AIEA du 6 juin 2003 nous
apprend, que cette importation ne contenait que 130 grammes
d’uranium. [9] D’après l’article 37 de l’accord officiel entre
l’AIEA et l’Iran, en force depuis le 15 mai 1974, les matériaux
nucléaires contenant moins d’un kilo d’uranium, sont dispensés
des règles de l’AIEA. [10] Les « accusations » de l’AIEA
devaient faire croire au monde, que l’Iran avait transgressé les
règles.
Des jeux similaires ont eu
lieu à propos du Protocole Additionnel. A l’époque de l’embargo
contre l’Irak, quand, soi-disant, des preuves devaient être
trouvées comme quoi l’Irak disposait d’Armes de Destruction
Massive et que Saddam Hussein ne voulait pas donner davantage de
droits aux inspecteurs des Nations Unies, l’AEIA avait développé
des règles supplémentaires pour faciliter ses inspections. Les
nouvelles règles permettaient aussi de discriminer encore plus
entre les différents membres du TNP: des règles excessives pour
l’un et des règles amicales pour l’autre. En juin 2003,
seulement 33 des 188 membres avaient signé le Protocole
Additionnel. Néanmoins les États-Unis et une délégation de
l’Union Européenne (formée par la France, l’Allemagne et le
Royaume Uni) voulaient forcer l’Iran à signer le Protocole
Additionnel. En échange les trois pays européens (E3)
promettaient de préparer des propositions commerciales
intéressantes. L’Iran voulait bien écouter ce qu’ils avaient à
proposer. Ceci n’est pas si étonnant: 30 pourcent du pétrole
iranien va vers l’Europe et 40 pourcent de ses importations
viennent de l’Europe. Depuis le printemps 2003 l’Iran vendait
même son pétrole en euros au lieu de le vendre en dollars, ce
qui est bien pour l’Europe et moins bien pour les États-Unis,
puisque ceci affaiblit le dollar.
En fait, ces pays de l’E3
sont précisément les pays européens, qui participent au hold-up
sur le marché des combustibles nucléaires, qui se concrétise, à
peine remarqué, derrière le rideau de fumée des accusations
contre l’Iran. Nous y revenons dans un instant.
Pendant les pourparlers sur
les offres commerciales, l’Iran avait, de son plein gré, convenu
d’arrêter provisoirement ses programmes de recherche pour
l’enrichissement d’uranium et, devançant la signature éventuelle
du Protocole Additionnel, le pays acceptait des inspections
étendues de ses installations nucléaires. Cependant, après des
demandes iraniennes répétées, il s’est avéré que l’E3 n’avait
nullement l’intention de tenir ses promesses concernant les
offres commerciales. En réalité l’E3 voulait faire durer les
pourparlers le plus longtemps possible et, de ce fait empêcher
que l’Iran enrichisse de l’uranium. L’Iran a alors repris son
programme de recherche et a rétabli les règles contractuelles
pour les inspections de l’AEIA. Il en est résulté une
tentative des États-Unis et de l’E3 pour faire condamner l’Iran
devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies.
5. L’agenda des
États-Unis : le pétrole, le dollar et la dette extérieure…
Donc, si les soi-disantes
preuves contre l’Iran paraissent inventées, qu’elle est alors
l’issue réelle? Je pense que l’idée globale est claire pour tout
le monde. Avec sa consommation d’énergie excessive les
États-Unis pensent qu’il est nécessaire d’avoir des
gouvernements pro-États-Unis en Irak, en Iran et, pour les
projets de pipelines de l’UNOCAL, également en Afghanistan. [11]
Pendant la guerre froide Saddam Hussein en Irak et le chah en
Iran étaient des alliés utiles, mais plus maintenant. Grâce à
Bush, nous avons des guerres en Afghanistan et en Irak. L’Iran
se trouve entre les deux. Etant donné la réputation des
États-Unis en Iran, un gouvernement pro-américain ne s’établira
pas spontanément très prochainement.
La deuxième cause qui
explique l’attitude agressive de Bush à l’égard de l’Iran, c’est
la part prise par celui-ci dans l’affaiblissement du dollar.
L’hégémonie mondiale des États-Unis se base en grande mesure sur
la demande mondiale de dollars.
Voici comment cela
fonctionne: depuis 1971 quasiment tout le pétrole et le gaz dans
le monde sont vendus en dollars. Ceux-ci resteront en service en
permanence en dehors des États-Unis. Pour les U.S.A., livrer des
dollars à l’étranger, cela veut dire qu’ils peuvent imprimer des
dollars et acheter des marchandises, services et investissements
à l’étranger. [23] Comme les étrangers ont besoin de ces dollars
pour acheter du gaz et du pétrole et qu’ensuite ces dollars
disparaissent dans tous les coins du monde, les États-Unis n’ont
pas besoin de livrer quelque chose en retour. Livrer des
dollars, qui restent en permanence à l’étranger, équivaut à des
achats gratuits pour les États-Unis. Aujourd’hui cela représente
la moitié de toutes les importations des États-Unis. Bien
entendu, cela fait monter la dette extérieure, mais tant que la
demande étrangère de dollars continue à augmenter, ils se
moquent de cette dette. Ainsi celle-ci est montée jusqu’à
3.200.000.000.000 dollars en 2006. Et si, un jour, le monde en a
assez de cet abus et ne veut plus des dollars, l’offre massive
de dollars inonderait les marchés d’échange et ferait
immédiatement chuter le cours. Dans le cas extrême le dollar ne
vaudrait plus que sa valeur en vieux papier et la dette
extérieure (c’est à dire la valeur des dollars hors des
États-Unis) se serait dissoute. Il est donc très intéressant de
livrer de la monnaie qui séjournera en permanence à l’étranger.
L’avantage des achats
gratuits fonctionne tant que l’étranger a besoin de dollars
additionnels. C’est le cas lorsque, par exemple, le prix du
pétrole augmente sur les deux marchés mondiaux principaux : l’
International Petroleum Exchange (IPE) à Londres et le New York
Mercantile Exchange (NYMEX). [22] D’ailleurs, les deux sont
contrôlés par les États-Unis. Comme 85 pourcent du commerce
mondial de pétrole a lieu en dehors des États-Unis, pour chaque
dollar supplémentaire dont les États-Unis ont besoin, sept fois
autant sont nécessaires en dehors des États-Unis. Ceux-ci sont,
bien sûr, imprimés aux États-Unis [23] et mis à la disposition
des étrangers par des achats gratuits.
Pour accroître la demande
étrangère, la Réserve Fédérale des États-Unis vend des Bons du
Trésor aux étrangers, ce qui diminue la quantité de dollars à
l’étranger. Cela diminue donc l’offre de dollars sur les marchés
d’échange et fait monter le cours. Pour éviter que le cours ne
cesse de grimper, de nouveaux dollars devront être « livrés » à
l’étranger, résultant de nouveau en des achats gratuits. Quand
les États-Unis veulent faire baisser le cours du dollar, ils
n’ont qu’à importer davantage. En fait, tant que la demande de
dollars dans le monde continue de croître, les États-Unis
peuvent déterminer le cours du dollar eux-mêmes et profiter
d’achats gratuits. En 2004 cela représentait un avantage de
2,167 dollars par habitant des États-Unis.
On peut le représenter
également d’une autre façon: pour deux containeurs importés,
les États-Unis n’en exportent qu’un seul. Pour le deuxième
containeur rien n’est livré en échange. Sa valeur est juste
rajoutée à la dette extérieure, qui ne sera jamais acquittée. En
fait, les Etats-Unis chaque deuxième containeur est considérée
gratuit. On peut appeler cela de l’escroquerie, du vol ou une
taxe impériale.
Mais avec les dettes
gigantesques le dollar est devenu vulnérable. C’est devenu
évident lorsque Saddam Hussein changeait du dollar à l’euro le
6 novembre 2000. [13, 14] En premier lieu les marchés d’échange
étaient submergés par les dollars qui n’étaient plus nécessaires
pour le commerce du pétrole avec l’Irak. Simultanément 10
milliards de dollars du Fonds de Réserve Irakien étaient mis sur
le marché pour être échangées en euros. A ce moment-là le voisin
de l’Irak, l’Iran, avait déjà annoncé son intention de commuter
également ses ventes de pétrole de dollars en euros et les
initiés craignaient, que d’autres pays de l’OPEP suivent. [15]
Une baisse de confiance dans le dollar et une longue descente du
cours suivait [16]. Malgré les interventions de la banque
centrale de Chine [17], le dollar finit par se trouver en très
mauvaise posture. Le 5 juillet 2002 le dollar avait perdu 16
pourcent de son cours de novembre 2000 [20] et Horst Koehler, le
chef du Fonds International Monétaire, lançait un
avertissement, le dollar risquait de s’écrouler. [18] Deux
semaines plus tard, les plans d’attaque contre l’Iraq étaient
discutés à Downing Street (Londres.) [19] Fin décembre 2002 la
baisse du dollar était déjà de 25 pourcent, ce qui explique
probablement pourquoi les États-Unis ont agi en grande hâte et
passaient même outre les règles des Nations Unies en attaquant
l’Irak le 18 mars 2003, sans attendre un feu vert du Conseil de
Sécurité. Le commerce de pétrole irakien a été de nouveau en
dollars à partir du 6 juin 2003. [21]
La descente du cours n’a
été stoppé que temporairement. Au printemps 2003, l’Iran a
commencé à vendre son pétrole en euros, dans les deux années
suivantes, le cours du dollar perdrait encore 12 pourcent
supplémentaires. En 2006 la demande de dollars était si faible,
qu’une nouvelle bourse de pétrole iranienne, annoncée pour le 20
mars 2006, pouvait, en cas de succès, former une menace sérieuse
pour le dollar malade et donc pour l’hégémonie des États-Unis.
[12] Cette menace avait plusieurs facettes.
En 2004 les étrangers ne
voulaient plus faire tourner le manège féerique du crédit des
États-Unis. Les États-Unis ont d’abord essayé de les séduire
avec des intérêts plus élevés, mais la demande étrangère pour
des bons de trésor restait basse. La seule issue pour obtenir
assez de nouveau crédit et pour financer les guerres de Bush,
c’était de faire monter le cours du dollar par une montée des
prix de pétrole sur l’IPE et le NYMEX. Ces prix ne s’établissent
pas simplement en fonction de l’offre et de la demande, mais
surtout par des spéculations sur des développements futurs.
L’exagération des prix se fait toujours à l’aide de spéculations
sur un approvisionnement insuffisant. En 2004 la spéculation à
la hausse recevait de l’aide de l’hurricane Katherina. Les
dommages aux installations pétrolifères dans le Golfe du Mexique
occasionnaient une petite pénurie et les prix spéculatifs au
marché mondial doublaient.
Une bourse de pétrole
indépendante en Iran limiterait sérieusement les possibilités de
faire monter les prix de pétrole de façon spéculative sur les
marchés d’IPE et NYMEX . En conséquence pour les États-Unis
lorsque la demande étrangère de dollars et de bons du trésor
serait de nouveau à la baisse, ils n’auraient plus ou quasiment
plus de moyens de faire augmenter la demande mondiale de
dollars.
Puis, la bourse iranienne
ne vendrait pas le pétrole en dollars, mais en euros, d’où
diminution de la demande de dollars.
En vendant le pétrole en
euros, la bourse iranienne pourrait avoir une influence sur le
cours d’échange entre le dollar et l’euro. Quand le prix du
pétrole serait plus bas en euros, la demande d’euros
augmenterait et inversement. Pour l’Europe et pour les
États-Unis cela comportait des risques.
Puisque l’ouverture de la
bourse avait été annoncée pour le 20 mars 2006, avant cette date
l’Iran a subi des pressions de plus en plus menaçantes.
Officiellement il n’y a pas eu un seul mot sur le projet de
bourse ou sur le commerce de pétrole en euros. Bush n’allait
tout de même pas expliquer la faiblesse du dollar. Ensemble avec
des chefs d’état de l’E3, il répétait ses accusations, que
l’Iran avait sûrement l’intention de fabriquer des armes
nucléaires. C’est une accusation avec une forte charge
émotionnelle, qui ne manque pas de mobiliser les journalistes!
Les sensations, ça vend bien. Et, biensûr les gens aiment se
faire mener par le bout du nez. (Et je peux vous dire
confidentiellement, même des trois chefs d’état de l’E3, il y en
a eu un qui l’a cru. Chut.)
Finalement, le 20 mars
2006, la bourse iranienne ne s’est pas ouverte. En avril 2006
l’ouverture était annoncée pour la première semaine de mai 2006.
[25] Pendant cette semaine le ministre de pétrole iranien a
donné une licence à la bourse, mais les activités étaient
différées.
Le président Putin de
Russie a alors annoncé des plans pour une bourse de pétrole
russe en roubles [26] et l’a réalisée à toute allure. [le 8 juin
2006]. Le marché russe d’exportation de pétrole et de gaz est
beaucoup plus grand que celui de l’Iran. L’intérêt de la bourse
iranienne en est devenu beaucoup plus relatif et on n’en a guère
entendu parler depuis.
6. Chercher des alliés
Pour lutter contre l’Iran
les États-Unis ont besoin d’alliés, qui sont utiles pour
partager les coûts et pour déblayer les décombres, comme en
Afghanistan et en Irak. Le meilleur procédé pour obtenir des
alliés consiste à faire condamner l’ennemi visé par une
résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cela
implique cependant, que les États-Unis doivent convaincre les
autres pays au droit de veto. Bien entendu, cela ne réussirait
pas, si les États-Unis racontent leurs vrais motifs. Ils
devaient trouver quelque chose de mieux pour les aligner. Eh
bien, les pays à droit de veto sont les états vainqueurs de la
Deuxième Guerre Mondiale Ils ont en commun, d’être tous des
Etats à armes nucléaires et de disposer d’installations
d’enrichissement d’uranium. Alors, que diraient-ils d’un plan
pour s’octroyer des droits exclusifs pour l’enrichissement
d’uranium et pour sa livraison à tous les pays non-détenteurs
d’armes nucléaires? [27]
7. E3 : l’étrange
délégation européenne
Dans la pièce de théâtre
diplomatique nous voyons alors le Royaume Uni, la France et
l’Allemagne, le soi-disant E3, se ranger du côté de Bush. L’E3
serait une délégation de l’Union Européenne. Cette composition
étrange d’une délégation européenne commence à prendre du sens,
lorsqu’on remarque, que ce sont précisément des pays, qui
disposent d’installations d’enrichissement. Camouflés sous le
drapeau européen, ces pays représentent leurs propres intérêts
dans l’enrichissement et le traitement d’uranium.
A quel degré ces pays de
l’E3 sont-ils européens ? En fait, c’est plutôt étrange, qu’en
tant que représentants de l’Europe, ils cherchent à faire
condamner leur partenaire commercial, l’Iran, par une résolution
du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cela indique, qu’ils
jouent au poker pour des gains élevés. Ils sont conscients
qu’ils prennent le risque de déranger leurs rapports commerciaux
avec l’Iran et, avec cela, l’approvisionnement de pétrole en
euros. Leur jeu de poker peut finir en un conflit direct avec
l’Iran ou en un embargo commercial, comme le souhaitent les
États-Unis.
Si les États-Unis
n’obtiennent pas leur embargo contre l’Iran, ils ne seraient
probablement pas contre, si les installations nucléaires
Iraniennes étaient bombardées, de manière à ce que l’Iran
consomme son pétrole au lieu de l’exporter en euros.
Et le Royaume Uni, quel
rôle joue-t-il dans cette délégation dite Européenne? Le Royaume
Uni est toujours du côté des États-Unis. Il n’a pas adopté
l’euro. Pour cela l’intérêt de sa bourse de pétrole IPE, jouant
en symbiose avec le NYMEX, est beaucoup trop grand. Il n’a aucun
intérêt dans la vente de pétrole iranien en euros. A l’époque
des soi-disantes préparations d’offres commerciales
intéressantes pour l’Iran, Tony Blair et George W. Bush
entretenaient des contacts intensifs. A part son propre intérêt
dans l’enrichissement d’uranium, le Royaume Uni paraît surtout
être le garçon de course de la Maison Blanche.
Le ton des conversations de
l’E3 avec l’Iran n’est pas celui qu’on attendrait normalement
entre des partenaires commerciaux désireux d’améliorer leurs
rapports. Les comptes rendus des pourparlers sont de longues
litanies d’obligations, que l’E3 estime devoir imposer à l’Iran.
L’Iran est traité comme l’écolier méchant, qui devra obéir coûte
que coûte. [28]
En janvier 2006 le
président français Chirac menaçait en termes couverts d’une
attaque nucléaire contre l’Iran. Menacer d’une attaque nucléaire
est contraire au Traité de Non Prolifération.
8. La Russie et la Chine
Pour atteindre une
résolution avec des sanctions contre l’Iran, les États-Unis, la
France et le Royaume Uni devaient s’assurer, que la Russie et
la Chine n’utiliseraient pas leur droit de veto. Comme ces
derniers sont aussi des pays disposant d’installations
d’enrichissement, cela avait l’air facile, mais en vain jusqu’à
présent. Ni l’un ni l’autre ne veulent une intervention armée
contre l’Iran.
La Russie dispose encore de
stocks d’énergie fossile importants. Depuis
la catastrophe de Chernobyl en 1986
elle n’a pas construit de nouveaux réacteurs. (Mais ceci va
changer rapidement.) Elle n’a
aucun intérêt à une nouvelle invasion des États-Unis au Moyen
Orient.
La Chine a de bonnes
relations avec l’Iran, qui lui livre du gaz et du pétrole pour
les décennies à venir. Si la Chine veut laisser tomber l’Iran,
elle devra trouver des solutions alternatives pour combler ses besoins
élevés en énergie. La Chine ne semble pas partager les
positions agressives des États-Unis et de l’E3.
9. Pourquoi l’Iran veut-il
de l’énergie nucléaire?
Cela peut paraître étrange,
qu’un pays disposant de pétrole, veut de l’énergie nucléaire.
L’Iran exporte du pétrole, mais importe des produits de pétrole
raffinés. Ceux-ci sont nécessaires à l’éclairage, au chauffage,
au transport et à l’industrie de sa population croissante. Pour
beaucoup d’Iraniens le prix réel de ces produits serait trop
élevé. C’est pour cela qu’ils sont vendus bon marché, et à perte
pour le trésor iranien. La commutation à l’électricité devra
fournir une énergie à un prix raisonnable pour toute la
population. L’Iran a besoin des revenus de ses exportations de
pétrole pour financer l’importation d’autres produits dont elle
a besoin.
10. Est-ce que
l’enrichissement dans des pays sans armes nucléaires est
dangereux ?
L’uranium naturel contient
0,7 pourcent d’atomes U-235, contre 99,3 pourcent
majoritairement d’atomes U-238. Pour l’utiliser comme
combustible nucléaire, la part d’atomes U-235 doit être augmenté
jusqu’à 3 à 5 pourcent. Pour ce faire, l’uranium doit d’abord
être purifié et transformé en gaz. En passant ce gaz dans de
grandes séries de centrifuges, on peut faire sortir quelques-uns
des atomes U-238 plus lourds, dans un processus qui est long et
avale énormément d’énergie. Les risques dans le processus sont
ceux de l’industrie chimique et non pas la faible radiation. Cet
uranium n’est pas apte à faire des bombes nucléaires. Pour des
bombes il faut un enrichissement d’au moins 90 pourcent. [29] Si
un pays, comme par exemple l’Iran, décide de développer de
l’uranium si hautement enrichi, il faudrait entre 3 et 5 ans
pour produire suffisamment pour une bombe. En outre, selon les
scientifiques, il faut des installations beaucoup plus grandes
pour cela. L’opinion souvent répétée, mais fausse, qu’on
pourrait fabriquer en douce de l’uranium hautement enrichi dans
des installations d’enrichissement civiles, sert maintenant de
maxime à Bush, pour que l’enrichissement d’uranium reste dans
les mains des pays à armes nucléaires.
11. Naissance d’un nouvel
ordre mondial
L’idée de limiter les
capacités d’enrichissement aux pays qui en disposent déjà n’est
pas nouvelle. Les accusations contre l’Iran, la tromperie
réussie des journalistes, politiciens et des diplomates ont créé
les circonstances idéales pour hâter la réalisation de ces
plans. L’idée apparaissait dans un dépliant des Nations Unies en
2004. [30] A l’époque c’était encore sous forme d’un appel pour
un moratoire volontaire et limité dans le temps pour ne pas
construire de nouvelles installations d’enrichissement et de
traitement d’uranium. En février 2005 l’idée fut développée
davantage par l’ONU comme l’Approche Nucléaire Multilatéral, en
anglais le Multilateral Nuclear Approach (MNA) [31]. Déjà au
mois d ‘avril 2005 l’ambassadeur aux Nations Unies du Japon
posait la question « si la NMA ne limitait pas à tort l’usage
pacifique de l’énergie nucléaire par des états sans armes
nucléaires, qui exécutent leurs activités nucléaires d’une façon
fiable et transparente en accord avec leurs obligations dans le
cadre du Traité de Non Prolifération. »
Le 6 février 2006 le
Departement of Energy des États-Unis publiait sa version de
l’idée dans leur plan pour le Global Nuclear Energy Partnership
(GNEP). Le lendemain, à la Conférence Ourai au Japon, ce GNEP
est présenté comme une idée du chef de l’AIEA ElBaradei et une
proposition de Bush. [32] Et, bien entendu, une telle idée
sublime ne doit pas manquer d’éclat. Donc, quelques jours plus
tard le DOE se complimente lui-même comme suit : « Finalement la
mesure de partenariat entre les états à « cycle de
combustibles » et les états à « réacteurs seuls », comme
envisagée par le GNEP, participera à fournir au monde une
électricité propre, en offrant aux nations sans cycle de
combustibles un accès au combustible nucléaire, intéressant en
prix et fiable, en échange de leur obligation de renoncer au
développement des technologies d’enrichissement et de
recyclage. »
12. Des éléments
inquiétants
Le nouvel ordre mondial
vient sous forme de nouvelles règles de sécurité dans le système
de contrôle de l’AIEA. Si nous considérons l’esprit du Protocole
Additionnel, nous ne devons pas compter sur des droits égaux ou
des rapports honnêtes.
Parmi les pays du Traité de
Non Prolifération seuls les pays à armes nucléaires, plus
l’Allemagne, les Pays-bas et le Japon ont des installations
d’enrichissement. [33] Les autres membres devraient renoncer à
leur droit d’enrichir de l’uranium. En échange, ils recevraient
la promesse solennelle des pays à armes nucléaires, que ces
derniers fourniraient toujours du combustible nucléaire.
Promesses ? N’était-ce pas les pays qui, en 1968, avait promis
de démanteler leurs armes nucléaires ? Comme nous savons, ils
n’ont toujours pas tenu leur promesse. Pire, la France a
développé une nouvelle génération d’armes nucléaires,
progressives, qui devra faciliter le démarrage d’une guerre
nucléaire. Encore en 2006 les États-Unis et la France ont
utilisé leur arsenal nucléaire pour menacer le monde. Et
maintenant les pays sans armes nucléaires devraient renoncer à
leur droit d’enrichir de l’uranium pour devenir dépendants du
club de l’AIEA des fournisseurs de combustibles nucléaires?
Pour séduire les pays sans
armes nucléaires, ce plan promet des prix d’électricité plus
bas. Les installations déjà existantes auraient le double de la
capacité nécessaire aux besoins du monde. En empêchant la
construction de nouvelles installations, on pourrait faire un
meilleur usage des installations existantes. Et donc le prix de
l’uranium enrichi, et avec cela le prix de l’électricité,
pourrait baisser… Est-ce que nous devons croire ces paroles ?
L’industrie d’enrichissement n’est pas animée par l’intérêt de
faire baisser les prix d’électricité du monde. Malgré la
sur-capacité prétextée les Européens s’affairent à étendre
considérablement leurs capacités de production au Royaume-Uni,
aux Pays-Bas et en Allemagne. Ils ambitionnent une part de
marché plus grande pour plus de bénéfices ! Et si d’autres
compétiteurs ne sont plus admis sur ce marché, cela ne pourra
que donner des prix d’uranium enrichi excessifs, et donc de
l’électricité.
Les nouveaux plans
prévoient un système de distribution pour les livraisons des
combustibles, étroitement régulé et contrôlé. L’AIEA serait
l’intermédiaire entre les membres fournisseurs et les membres
consommateurs du combustible. A première vue cela peut sembler
une construction fiable, puisque l’AIEA est un organe de l’ONU.
Cependant, l’AIEA est également le policier dans le système. Il
n’est pas sage de laisser les policiers commercer avec les
partis qu ‘ils doivent inspecter. En outre, l’ONU n’est pas un
genre de gouvernement intègre, qui serait capable de garantir
l’impartialité de ses policiers.
Les plans pour le système
de distribution prévoient des stocks nationaux minimaux et des
stocks-tampon collectifs dans de différents pays « hôtes ».
Étrange, n’est-ce pas ? Le but des stocks minimaux à l’intérieur
des pays ne peut guère être défendu comme une mesure de
sécurité. Même avec des stocks gigantesques d’uranium enrichi à
3 – 5 pourcent on ne peut fabriquer une arme nucléaire. Pourquoi
l’AIEA voudrait-elle, que des pays ne disposent que de stocks
minimaux ? Il n’y a qu’une réponse plausible à cette question:
pour tenir ces pays en tenaille. Cela fait beaucoup de pouvoir
pour notre chien de garde nucléaire. Ce pouvoir va bien plus
loin que nécessaire pour ces inspections. Ceci est du pouvoir
pur pour mettre hors jeu la souveraineté des nations. Quand une
nation fait quelque chose, que le chien ou son maître ne veut
pas, le robinet de combustible peut simplement être fermé pour
obtenir la soumission immédiate. Ceci sent la dictature au
niveau mondial. Et bien entendu, les fournisseurs de combustible
ne seront jamais dupes. Ceux-ci produisent leur propre
combustible nucléaire.
En théorie, le maître de
l’AIEA c’est l’ONU. Mais est-ce que cela fonctionne ainsi dans
la pratique ? L’AIEA a une tâche difficile, parce qu’elle doit
tenir compte des tensions et des conflits d’intérêt entre les
membres du Traité de Non Prolifération. L’indépendance de l’AIEA
à l’égard des intérêts nationaux se trouve en permanence sous
pression. Son budget limité l’oblige à faire des choix, qui sont
influencés par les conflits qui ont lieu. Pendant l’embargo
contre l’Irak, nous avons vu comment l’AIEA était mise sous
tension par Bush, qui exigeait chaque fois plus de contrôles et
des plus intensifs. Chaque fois à nouveau le chien de garde
était envoyé pour être certain que l’Irak pouvait être envahi
sans danger. Bien que l’AIEA soit obligée de garder toutes les
informations de ses inspections confidentielles, l’armée des
États-Unis recevait ces informations confidentielles en
permanence et s’en servait pour préparer l’invasion de l’Irak.
(Et, finalement, au moment de l’invasion les États-Unis
mettaient l’ONU hors jeu.)
Nous observons la même
chose pendant les inspections de l’AIEA en Iran. Bush crie, et
le chien court après le bâton.
Les règles du nouvel ordre
mondial sont présentées comme « une idée de ElBaradei et une
proposition de Bush. » Il est à croire que les deux projets, le
Multi-National Approach (NMA) de l’AIEA et le Global Nuclear
Energy Partnership (GNEP) de Bush, se fondront en une seule
version dictée par les États-Unis.
Bien entendu, c’est un coup
de maître stratégique d’obtenir une prise de fer sur tous les
pays sans armes nucléaires, dès qu’ils deviennent adonnés à
l’énergie nucléaire. Mais il y a encore beaucoup plus
d’avantages pour les fournisseurs de combustible nucléaire. Sous
l’égide de l’AIEA le marché sera entièrement régulé. Tous les
producteurs coopèreront ensemble dans les mêmes organisations et
seront intéressés dans le bénéfice le plus élevé possible.
Ensemble ils fixeront le prix du combustible nucléaire. Tout
comme maintenant les prix du pétrole sont fixés sur les marchés
de l’IPE et du NYMEX, les prix du combustible nucléaire seront
fixés par une petite élite.
Nous voilà arrivés à un
point important. Le combustible nucléaire devra être payé. La
question est de savoir, en quelle monnaie (ou quelles monnaies)
les clients devront régler ? Ces monnaies seront les plus
demandées au monde. On peut le comparer au dollar d’aujourd’hui.
Il semble que ces monnaies
n’aient pas encore été décidées. Mais, si chaque fournisseur
veut être réglé dans sa propre monnaie, la demande mondiale de
yens japonais, de Yuan renmimbi chinois, de roubles russes, de
pounds anglais et de dollars des USA augmentera. Probablement il
s’établira un ordre de préférence, relaté à la quantité de
combustible nucléaire, que chacun des producteurs pourra livrer.
Chacun de ces pays connaîtra les avantages, qui sont liés à la
livraison de leur monnaie à l’étranger. Bien entendu, à la
longue, chacun connaîtra également les effets négatifs sur sa
propre économie, et, après quelques décennies laissera sa
monnaie s’écrouler pour se libérer des dettes extérieures
gigantesques. C’est ce qui peut arriver lorsque chaque
fournisseur demande le paiement dans sa propre monnaie.
Cependant, le fait que le
projet mentionne, que l’AIEA devrait devenir l’intermédiaire
entre fournisseurs et clients, peut vouloir dire, que l’AIEA
décidera de la monnaie de paiement. Bush espère sans aucun
doute, que ce sera le dollar-US. Si le combustible nucléaire
doit être réglé exclusivement en dollars, la demande de dollars,
et avec cela l’hégémonie des États-Unis, sera assurée encore
pour des décennies.
13. Le théâtre de l’ONU
Avec un projet pour un
nouvel ordre mondial, préparé discrètement dans les coulisses,
nous avons maintenant une alliance anti-Iranienne des États-Unis
et de l’E3. Ils sentent l’opportunité d’un coup pour prendre
possession du marché mondial des combustibles nucléaires. Pour
réussir, il leur suffit de trouver une sauce légale sur la
prohibition de l’enrichissement de l’uranium, avec l’Iran comme
exemple. Et une résolution du Conseil de Sécurité des Nations
serait suffisante, si celle-ci approuve l’opinion de l’AIEA, que
l’AIEA peut interdire l’enrichissement à des pays.
Évidemment, dans ce cas,
l’Iran ne pourrait plus rester dans le Traité de
Non-Prolifération. Pour réussir, les Etats-Unis et l’E3 devront
procéder prudemment pour éviter que l’Iran quitte le TNP avant
qu’une résolution ait été conclue. Car, si l’Iran quitte le
Traité avant cette résolution, il n’y a plus de raison pour une
resolution. En effet, les pays qui ne font pas partie du Traité
de Non Prolifération, comme l’Israël, l’Inde, le Pakistan, le
Cuba et le Brésil, sont libres d’enrichir de l’uranium et de
faire ce qu’ils veulent.
Est-ce que la Russie et la
Chine, finiront-ils par participer au hold-up au détriment de
l’Iran?
Si le hold-up des états à
armes nucléaires réussit, il y aurait probablement des tensions
énormes au sein du Traité de Non-Prolifération. L’organisation
pourrait perdre toute sa crédibilité et voir partir beaucoup de
membres sans armes nucléaires. Le résultat pourrait bien être le
contraire du but du traité.
Développements depuis cette publication:
Mai 2007: La Russie a signé un accord avec les Etats-Unis, la
Chine, la France et le Japon pour explorer une cooperation pour
le développement de programmes nucléaires civiles autour du
monde. Le gouvernement des E-U a passé une loi pour la création
d'une banque internationale de carburants nucléaires.
[34]
Références et
sources:
[1]
Les membres du Traité de Non-Prolifération
http://www.carnegieendowment.org/files/Tracking_Ch02map.pdf
[2]
Texte du Traité de Non-Prolifération:
http://disarmament2.un.org/wmd/npt/npttext.html
(Voir article IV)
[3]
Convention entre l’AIEA et l’Iran:
http://www.iaea.org/Publications/Documents/Infcircs/Others/infcirc214.pdf
[4]
Histoire nucléaire de l’Iran:
http://www.nti.org/e_research/profiles/1825_1826.html
[5]
L’opposition croissante contre le chah:
http://www.countriesquest.com/middle_east/iran/history/growing_opposition_to_the_sjah.htm
[6] Mossadeq:
http://www.iranchamber.com/history/oil_nationalization/oil_nationalization.php
[7]
L’attaque israélienne contre la centrale d’Osirak en Irak en
1981:
http://news.bbc.co.uk/onthisday/hi/dates/stories/june/7/newsid_3014000/3014623.stm
[8] Dépendance des États-Unis de pétrole importé atteignant 60
pourcent en 2006:
http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=10000087&sid=ar4D7HVGikXo&refer=top_world_news
[9]
130 grammes d’uranium:
http://www.fas.org/nuke/guide/iran/iaea0603.html
(dernière ligne)
[10] L’article 37 de la Convention entre l’AIEA et l’Iran:
http://www.iaea.org/Publications/Documents/Infcircs/Others/infcirc214.pdf
[11] Pipelines vers le 11 septembre
www.courtfool.info
[12] Comment le dollar peut-il s’écrouler en Iran?
http://www.studien-von-zeitfragen.net/Zeitfragen/__Collapse_in_Iran/__collapse_in_iran.html
[13] Fred Eckhard annonce l’autorisation de la commutation
irakienne vers l’euro:
http://www.un.org/News/briefings/docs/2000/20001031.db103100.doc.html
[14] Statistiques des exportations de pétrole irakiennes en
euros:
http://www.un.org/Depts/oip/background/oilexports.html
[15] Colin Nunan, Petrodollar or Petroeuro:
http://www.feasta.org/documents/review2/nunan.htm
[16] Graphique de l’évolution du cours de l’euro versus le
dollar:
http://www.studien-von-zeitfragen.net/Zeitfragen/__Collapse_in_Iran/__collapse_in_iran.html
[17] Promesse d’aide de la banque centrale de Chine
http://www.centralbanking.co.uk/newsmakers/archive/2001/apr24.htm#China
[18] Avertissement de Horst Koeler du Fonds Monétaire
International, que le dollar risque de s’effondrer:
http://news.bbc.co.uk/1/hi/business/2097064.stm
[19] Downing Street Memo
http://www.timesonline.co.uk/tol/news/uk/article387374.ece
[20] Cours du dollar, dates historiques:
http://fx.sauder.ubc.ca/data.html
[21] Financial Times, le 5 juin 2003
[22] Marché du pétrole, exemple:
http://www.nationalreview.com/nrof_leuffer/leuffer200410010726.asp
(Note : Logiquement, la spéculation et l’angoisse peuvent être
influencées.)
[23] A vrai dire, “imprimé” n’est pas correcte. Aujourd’hui la
part la plus importante de tout l’argent n’existe qu’en tant que
chiffres sur des comptes bancaires.
[24] Sur les effets du commerce de pétrole en dollars ou en
euros, voyez aussi l’article sur ce site : Coûts, méfaits et
dangers du dollar.
[25] La Bourse de pétrole iranienne, mai 2006:
http://www.iribnews.ir/Full_en.asp?news_id=212013&n=32
[26] La Bourse de pétrole russe:
http://en.rian.ru/russia/20060510/47915635.html
et
http://en.rian.ru/russia/20060522/48434383.html
(Pour les effets sur le dollar, voyez [12])
[27] GNEP:
http://www.gnep.energy.gov/
[28] Rapport E3:
http://www.iaea.org/Publications/Documents/Infcircs/2005/infcirc651.pdf