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Crise bancaire? Réforme!

Par Rudo de Ruijter,
Chercheur indépendant
Pays-Bas
Janvier 2009

Contenu:

 

Cet article décrit une suggestion pour une réforme bancaire, avec laquelle les entreprises sont protégées contre les caprices dans le monde bancaire. La réforme permet aussi une meilleure politique économique, même en temps difficiles.

 

Introduction

Il existe pas mal d'analyses sur les causes de la crise bancaire. Beaucoup l'expliquent comme une conséquence de l'avidité, de l'insuffisance des règlementations et du manque de contrôles de la part des banques centrales.

Les gouvernements étaient surpris, lors que les banques commençaient à tomber et que tout d'un coup c'était à eux de trouver des remèdes. Les Ministres de Finances recevaient carte blanche pour remettre les banques sur les rails avec des milliards d'euros de support. Elles sont si importantes pour l'économie.

Les milliards disparaissaient comme des bidons d'huile dans une boîte de vitesse fendue. Les engrenages ne voulaient pas se remettre en route. Entretemps des entreprises font faillite par manque de prêts. Des pays entiers tombent sous la tutelle du Fonds Monétaire International. [1] Certains analistes prédisent, que la crise pourra bien durer encore quelques années...

Et comme si cela n'a aucun rapport, la croissance galoppante perturbe le climat, les valeurs dans la société sont dictées par la consommation et l'avidité, et de plus en plus de services publics sont sacrifiés sur l'autel de Wall Street...

On peut faire autrement. Le gouvernement peut prendre en main l'émission des prêts. Si l'argent devient d'état, nous n'avons plus besoin d'être dépendant du mécanisme de solvabilité / liquidité des banques privées, qui peut se bloquer à tout moment, si quelque part au monde des papiers de valeurs pourries sont mis en circulation. Et dans la jungle financière internationale actuelle, qui spécule et souffle des bulles, on peut être quasiment certain, que, quelquepart, la prochaine crise est déjà en cours de fabrication.

Je trouve insensé de laisser les entreprises faire faillite, en raison d'incidents dans le monde bancaire. Je trouve qu'on a la vue courte, lors qu'on dépense des milliards d'euros des contribuables pour acheter des banques défaillantes, ou pour leur fournir des prêts et des garanties. Pour l'aide d'état elles devront payer des intérêts élevés. Parfait. Mais cela signifie tout simplement, que les banques feront supporter ces frais à leurs clients, c'est à dire, vous et moi. Par un chemin ou par l'autre, nous seront toujours dupes.

Cet article décrit une suggestion pour une réforme bancaire avec les objectifs suivants:

-   arrêter la crise;

-    créer l'argent (le crédit) sur la base d'intérêts de l'économie ET de la société;

-   empêcher que les prêts tarissent par des incidents dans le monde bancaire;

-   empêcher une politique contraire entre gouvernement et banque centrale;

-   établir un contrôle parlementaire sur la création d'argent;

-   fournir à la banque centrale, en plus de l'accélérateur et des freins existants, un volant;

-   rendre l'émission du crédit indépendante de la croissance économique;

-   garantir les meilleures possibilités de prospérité, également en des temps moins florissants.

 

1. Le système de crédit actuel

La banque centrale est indépendante

En ce moment quasiment toutes les banques centrales au monde sont indépendantes des gouvernements. Les banques et les banques centrales déterminent combien de crédit est fourni et combien les usagers de cet argent doivent payer pour cela. La banque centrale influence l'économie. Pour citer les paroles de la banque centrale Néerlandaise (DNB N.V.): "Le taux d'intérêt fonctionne comme l'accélérateur et le frein de l'économie" [2]

Deux capitaines sur un bateau

La plupart des pays ont maintenant une économie avec deux capitaines: la banque centrale et le gouvernement. La banque centrale détermine les possibilités d'action du gouvernement. Quand le gouvernement veut stimuler l'économie, pendant que la banque centrale maintient le taux d'intérêt élevé, le gouvernement ne fera pas grand chose.

Multiplication de l'argent

L'argent des crédits attérit - après chaque paiement qui est fait avec - dans une banque, qui le prête à son tour. De cette façon la quantité d'argent dans l'économie est multipliée. (Voir "Débit, crédit, banco!") Lorsque l'émission de crédit stagne, l'argent disponible peut diminuer de dizaines de pourcents en quelques mois. (Cliquez sur le graphique de la banque centrale de St Louis.)

 

2. Brève rétrospection

Avant l'établissement des banques centrales, les banqueroutes étaient l'obstacle principal pour la croissance du secteur bancaire. Aux États-Unis, en 1913 la Federal Reserve fût créée. Cet établissement privé allait gérer un fonds de réserve des banques, avec lequel des banques en péril pouvait être secourues. Ainsi, les banques affiliées pouvaient prêter davantage, pendant que simultanément la confiance de la clientèle s'en trouvait augmentée. La Fed obtenait l'indépendance du gouvernement. Les politiciens n'avaient aucune idée ce que c'était l'argent et les banquiers promettaient de s'en occuper.

Confiance est le mot magique du secteur bancaire. Si le public ne fait pas confiance aux banques, il n'y porte pas son argent et les banquiers ne peuvent pas fournir des prêts. C'est aussi la raison pourquoi les banques centrales privées font toujours semblant d'être des banques d'état. En réalité, aussi bien les banques centrales "privées", que presque toutes celles "d'état", sont indépendantes du gouvernement. (Voir: "Secrets d'argent, intérêts et inflation")

Le rôle des banques centrales évoluait avec le temps et variait d'un pays à l'autre. Tantôt elles étaient les financiers de guerres, tantôt stimulateur de l'agriculture ou de l'industrie. Le plus souvent elles étaient régulatrices du secteur bancaire et plus tard également des paiements entre banques. Avec le taux d'intérêt elles influencent le taux d'échange, l'activité économique, l'inflation et les marges bénéficiaires des banques.

Aujourd'hui le monde bancaire est devenu une jungle financière internationale peu claire, dans laquelle les intérêts de la société et ceux des entreprises sont sacifiés aux lois de l'avidité et la masse d'argent croissante. Dans cette évolution, beaucoup de banques centrales ont suivi une politique de laissez-faire.

 

3. Brève expectative

Donc, pour les années à venir, une récession est prédit, lequel, à mon avis, n'est pas nécessaire, si le gouvernement prend la responsabilité de l'émission du crédit.

Dette extérieure des États-Unis

À cause de toutes les nouvelles sur la crise de crédit, on a oublié un peu comment, en fait, ça a démarré. Les États-Unis ont, depuis 1973, amassé une dette extérieure incroyablement élevée. Ce n'est qu'en empruntant à une vitesse de plus en plus grande, qu'il peut maintenir le dollar debout. (Voir: "Coûts, méfaits et dangers du dollar".) L'export des subprimes n'en constituait qu'une petite partie. Le programme de secours "bailout" est financé avec des prêts. Ce sera une bulle de crédit d'une dimension gigantesque, qui entraînera une dévaluation énorme du dollar. Quand le dollar tombe, un chaos financier mondial me semble prévisible.

Là encore, des pays ne pourront limiter les dégats que si leur émission de crédit est dans les mains de l'état, qui n'a pas besoin de se laisser guider par des bénéfices à court terme ou l'avidité d'actionnaires..

Prévision énergie

Plus sérieux est la prévision d'une disponibilité décroissante d'énergie. (Voir: "Énergie et population mondiales".) Nous savons tous, que nous sommes en traîn d'utiliser des sources d'énergie non-renouvellables. Depuis des générations nous avons pris l'habitude de les consommer de plus en plus rapidement. Après cela nous trouverions bien des sources d'énergie nouvelles...

La plupart d'entre nous préférerons nier spontanément, que la fin de la croissance est devant la porte. Cette négation n'est pas tant liée au fait que les données disponibles ne seraient pas fiables. C'est tout simplement que beaucoup de gens ne sont pas capables de s'imaginer le monde autrement qu'avec des populations et économies croissantes.

Il y a également des gens, qui confondent encore des réserves d'énergie avec l'approvisionnement dénergie. Et nous aimons aussi nous moquer de nous-mêmes avec de l'énergie solaire et du vent, qui en fait - au niveau mondial - ne couvrent qu'un pourcent de la consommation de l'énergie. Donc, étonnamment, nous agissons comme si le problème n'existe pas.

 

4. Réforme bancaire

L'émission des prêts doit devenir indépendante de la confiance que le public a dans les banques. Autrement dit, l'émission des prêts doit être indépendante des avoirs sur les comptes de paiement et d'épargne.

L'émission des prêts ne doit pas dépendre d'un mécanisme, qui peut se bloquer facilement lorsqu'un incident perturbe la solvabilité et la liquidité de quelques banques.

L'émission des prêts doit pouvoir fonctionner normalement aussi pendant les périodes où il n'y a pas de croissance économique et la population décroît. [3]

Je vois la solution en une réforme bancaire, dans laquelle la banque centrale actuelle est remplacée par une banque centrale du gouvernement, qui, en tant qu'institution de création d'argent unique, prendra la responsabilité de l'émission des prêts.

L'émission des prêts basée sur la solvabilité et la liquidité de banques privées sera abolie et, par conséquence, également la multiplication d'argent fictif. [4]

Les banques deviendront le guichet de service entre la banque centrale et le public. La banque centrale pourra doser minutieusement la masse monétaire et la valeur de l'unité de l'argent.

La banque centrale actuelle utilise un taux d'intérêt, comme pédale d'accélérateur et de freins pour l'économie, comme si tous les secteurs économiques ont toujours besoin d'être stimulés ou freinés de façon identique. Cela entraîne beaucoup d'effets non-désirés. Cette façon grossière pourra être raffinée en utilisant des taux par secteur. De cette manière la banque centrale ne dispose pas seulement d'un pédale d'accélérateur et de freins, mais également d'un volant. La politique économique pourra être implementée avec précision.

Le guide du système d'argent ne doit pas être les bénéfices les plus grands et rapides, mais la qualité de la société et les nécessités pour l'avenir. Par temps économique favorable, il est d'usage que les parlementaires ne voient guère plus loin que la fin de leur mandat. Néanmoins, nous mettons des enfants au monde pour 75 ou 80 ans. Il serait donc plus logique, que nous évaluons au moins, s'il y a assez d'énergie, de nourriture et d'eau pour 75 ans. 

La politique des banques centrales vise une inflation permanente. [5] Par ce moyen la charge des intérêts est transbordée des emprunteurs aux usagers de l'argent et cela diminue le risque que des prêts ne sont pas remboursés. (Voir: "Secrets d'argent, d'intérêts et d'inflation.") À part cela, une inflation modérée s'avère pouvoir être un stimulant pour l'économie, lorsqu'il y a croissance d'énergie, de matières premières et de force de travail. Cela a fonctionné assez bien au siècle dernier. Ce n'est donc pas un hasard, que notre modèle économique est basée sur une croissance éternelle de matières premières, de production et de population.

Notre système d'argent actuel est basé sur une croissance éternelle de la masse monétaire. Lorsqu'il y a une dimunition de l'activité économique, il se forme de plus en plus de bulles d'argent sans valeur réelle, qui tôt ou tard implosent. En centralisant l'émission du crédit et en la rendant indépendant de la croissance, il sera possible de la gérer même lors que l'économie recule. Ainsi il sera possible de maintenir la prospérité le mieux possible.

La plupart des gens n'ont pas encore pris conscience que nous sommes à la veille de manques d'énergie, qui - par la gauche ou par la droite - mèneront à une forte décroissance de la population mondiale. [6]

Par la gauche, c'est regarder en avant et utiliser son cerveau. S'il n'y a pas assez d'énergie et de nourriture dans l'avenir, il faut mettre moins d'enfants au monde. Moins il y a des enfants, mieux seront les possibilités pour un niveau de vie élevé.

Par la droite, c'est attendre naïvement que des famines et des guerres diminueront les nombres. Les pays qui dépendent lourdement de l'importation d'énergie, pourraient bien être les agresseurs potentiels. La plupart de ces pays sont unis dans l'OTAN, qui a son siège dans le pays qui importe le plus d'énergie par habitant: la Belgique. (Voir: "Crise d'énergie: point tournant de l'humanité")

 

Quelques points pratiques

Les privilèges des banques centrales reposent sur des articles de loi. Changer les lois est une affaire du parlement. Beaucoup de membres de parlement n'ont probablement aucune idée de ce qu'est l'argent et comment ça fonctionne. J'espère que "Secrets d'argent, intérêts et inflation" et "Débit, crédit, banco!" forment une introduction courte et claire.

Quasiment tous les livres d'économie traitent de l'économie de croissance. Cela rend une bonne compréhension un peu plus difficile et explique pourquoi beaucoup de gens confondent prospérité avec croissance économique.

Démarrer une banque centrale n'est pas une affaire onéreuse. L'argent n'est qu'une reconnaissance de dette et peut être créé du néant, comme la grande majorité de l'argent qui existe aujourd'hui. [7]

La "nationalisation" de banques centrales n'a pas besoin d'être une affaire onéreuse non plus. Dans la forme la plus simple elle consiste en l'abolition des privilèges. Le personnel pourra recevoir une proposition de venir travailler à la nouvelle banque centrale de l'état.

Les banques resteront nécessaires comme intermédiaires entre la banque centrale et le public. Les critères pour l'émission des prêts seront définis par la politique économique et son exécution par la banque centrale. Les critères actuels de bénéfices, liquidité et solvabilité des banques privées ne détermineront plus l'accord ou non des prêts aux clients.

Pour le public il n'y a pas grand chose qui change. Il pourra garder ses comptes bancaires. Je m'atttends cependant à ce qu'à l'avenir les gens choisiront plus consciemment pour le co-financement de projets utiles.

L'euro

L'euro est la monnaie de la Banque Centrale Européenne à Frankfurt. Cést un établissement privé, composé des banques centrales des pays associés. La BCE et les banques centrales en question sont indépendantes. [8] L'euro n'est pas une obligation pour l'Union Européenne. Ainsi, la Bank of England est une banque nationalisée avec sa propre monnaie.

En soi, une monnaie unique dans l'Union Européenne est agréable. Le pouvoir énorme du consortium bancaire BCE, qui suit sa propre politique, est une menace et un creusement de la démocratie. La création d'argent effrénée a déjà résulté dans la liquidation de la plupart des tâches d'état, comme les postes, le téléphone, le transport public, l'approvisionnement en gaz, eau et électricité, des tâches de police, de gendarmerie et de prisons. La population est livrée aux lois de l'Argent. Le terrain de manoeuvre pour le gouvernement est de plus en plus rétréci.

Je ne pense pas, que les dirigeants de la BCE seront enclins à rendre leur pouvoir. On devrait créer une nouvelle monnaie européenne de gouvernements, qui partagent une vision de la société pour maintenant et pour l'avenir. Chaque pays de l'Union Européenne pourrait en prendre l'initiative.

 

[1] Iceland, Hungary and Ukraine

     http://uk.reuters.com/article/marketsNewsUS/idUKLJ43131520090119

 

[2] Le taux d'intérêt est le pédale d'accélération et de freins. (De Nederlandse Bank N.V.)

     http://www.dnb.nl/dnb/home/rente_en_inflatie/algemeen/nl/46-150027.html

 

[3] « Energie et population mondiales », graphique 14

     http://www.courtfool.info/fr_Energie_et_population_mondiales.htm 

 

[4] Multiplication de l'argent; « Debet, credit, banco ! »

     http://www.courtfool.info/fr_Debit_credit_banco.htm 

 

[5] La banque centrale camouflent l'inflation permanente (soi-disant limitée à 2%) comme "Stabilité des prix"

     http://www.ecb.europa.eu/home/pdf/students/leaflet_en.pdf  , page 10

 

[6] "World Energy And Population", Paul Chefurka

     http://www.courtfool.info/fr_Energie_et_population_mondiales.htm

 

[7] Jusqu'à 1971 le dollar était couplé à une quantité d'or. Coupler l'argent à la valeur de métaux précieux n'a pas seulement le désavantage des risques de spéculation, mais signifie, que les fournisseurs étrangers de ces métaux deviennent automatiquement propriétaire de la valeur représentée. Par contre, l'argent "fiat" repose sur une reconnaissance de dette, la promesse d'une prestation de compensation. Puisqu'il est créé du néant, le risque d'abus par les autorités financières (par exemple inflation) est plus grand.

 

[8] BCE suit sa propre politique

     http://www.ecb.europa.eu/ecb/orga/independence/html/index.fr.html 

le 20 janvier2009

 

 

 

L'auteur peut être contacté via www.courtfool.info/fr_contact.htm

 

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Court Fool, 2009